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La lettre de Nestor (Septembre 1999)
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Géo-politesse


Un jour, à propos de l'incivilité légendaire de ses compatriotes, un ami israélien me rétorqua : “Pour vous, vieux peuples du continent de la guerre, la politesse est l'ultime lien qu'il vous reste pour vous rappeler votre appartenance à une même communauté. Vous êtes constamment obligé de vous dire s'il vous plaît, merci et vous tenir la porte pour ne pas vous foutre sur la gueule. C'est une notion tout à fait bourgeoise, factice et grotesque. Nous autres, les juifs, n'avons pas besoin de cela pour nous rappeler que nous sommes frères. Tout au long de notre histoire, les autres se sont chargés de le faire, en nous faisons monter collectivement sur le bûcher”. J'ai souri et me suis demandé s'il fallait vraiment être un vieux con pour nous souhaiter à tous une bonne vieille guerre...

Qu'est ce donc que la politesse sinon une manière, que l'on qualifie alors aisément de bonne, de manifester le respect à son prochain. Comme si, pour certains, ce noble sentiment devait s'exhiber pour se prouver. Au 24bis, nous préférons cultiver la conscience que la phraséologie. Le respect ne sort pas d'une bouche, mais d'un cœur. Ce sont les yeux qui en parlent le mieux.
Non madame, que j'ai croisé la semaine dernière dans la rame de métro, on ne dit pas “non merci” en baissant la tête devant un enfant qui tend la main, même s'il pue, quand on tient le sien dans les bras. Si l'on ne peut lui donner à manger, on peut au moins lui offrir une regard, un sourire, une éphémère compassion, même si c'est le trente deuxième depuis ce matin. Cela ne coûte rien.
Le 24bis coûte lui 10 francs, soit c'est vrai l'équivalent de la somme de deux baguettes et demi de pain, mais aussi deux centimètres carrés de caoutchouc du pneu de votre tas de ferraille, ou 0,000 000 002 fois le prix du porte-avions le moins rapide du monde, voire un jour et demi de salaire d'un travailleur afghan. L'argent n'est pas un tabou, lorsque l'on en possède pas. Il nous faut vendre en kiosque 2000 numéros pour assurer la pérennité du projet. Nous sommes une association, l'objectif n'est pas le bénéfice mais l'élargissement des capacités d'accueil de notre établissement.

Je ne prendrais pas mes gants blancs aujourd'hui, j'aurais même plutôt envie de retrousser mes manches brodées : “Citoyens, le 24bis a besoin de vous, de votre argent, de votre pognon, de votre fric, votre fraîche, votre flouze, votre cash ou votre brouzouf, pour ceux qui pourraient feindre de ne pas comprendre. Don, legue, chantage, extorsion, nous avons envisagé et malheureusement dû nous rendre compte que nous ne reculerions devant aucun moyen pour parvenir à nos fins. Même la présence d'une publicité en quatrième de couverture nous est apparue soudain évidente”.

Ne restait plus qu'à choisir laquelle ?...

Nestor